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La mémoire des traumatismes passés s’impose aujourd’hui comme un élément majeur de la capacité à pouvoir faire face à des situations catastrophiques nouvelles et potentiellement traumatiques.
Extrait vidéo témoignage

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Cette mémoire est bien entendu individuelle et familiale, mais aussi sociale. Elle s’appuie sur des inscriptions dans les espaces physiques, comme des repères de crue visibles et bien informés qui sont autant de témoins silencieux et pérennes des catastrophes du passé, mais aussi sur les commémorations locales et les espaces dédiés sur Internet.

Les trois composantes de la mémoire à l’épreuve du traumatisme

La dynamique d’un traumatisme et de ses suites est maintenant bien connue. Elle implique quatre temps :

  • Le premier est le sentiment de submersion par l’expérience catastrophique et la perte des repères.
  • Chez la plupart des gens, il s’ensuit la création d’une organisation psychique défensive qui leur permet de continuer à fonctionner efficacement pendant la catastrophe.
  • Mais tenir ainsi le traumatisme à l’écart de la conscience a un coût psychique élevé. C’est pourquoi ce qui a été écarté revient une fois le drame surmonté, notamment sous la forme de phénomènes de déréalisation, de dépersonnalisation voire de confusion[1]. C’est le troisième temps du traumatisme, celui de la mémoire émotionnelle qui peut avoir un impact perturbant élevé sur les proches[2].
  • Enfin, le quatrième temps du traumatisme est celui de son élaboration et de son dépassement. C’est le temps de la construction de la mémoire narrative, dans sa triple dimension individuelle, familiale et sociale, et dans ses trois composantes, sensori-affectivo-motrice, imagée et verbale[3].

Commençons par la symbolisation sur un mode sensoriel, affectif et moteur. Elle implique les mouvements du corps qui constituent la base des liens sociaux, mais aussi les gestes, les mimiques et les cris. La particularité de cette forme de symbolisation est de rester au plus proche du corps. Le sujet y est pris autant qu’il la produit.

La symbolisation imagée, elle, consiste à se donner des représentations imagées d’un événement. Il s’agit bien sûr d’images mentales, mais celles-ci sont souvent facilitées par des supports matériels, comme des photographies ou des films. L’événement est présent à travers sa représentation, qui permet de commencer à se le « figurer » tout en organisant une distance d’avec lui.

Enfin, la symbolisation verbale organise une double prise de distance par rapport à l’événement symbolisé. D’une part, le mot fait exister l’événement en son absence, comme l’image, mais d’autre part, à la différence de celle-ci, le mot est arbitraire : le mot « chaise » n’a rien à voir avec l’objet « chaise », pas plus que le mot « girafe » avec l’animal du même nom.

Après un traumatisme psychique, il existe toujours des gestes, des émotions et des attitudes en relation avec le traumatisme vécu. La symbolisation imagée est parfois absente, mais d’autres fois présente : le sujet reste habité par les images de ce qu’il a vécu. Mais ces images renouvellent son traumatisme car il n’a pas de mots pour en parler. Ce qui fonde le traumatisme, c’est en effet l’impossibilité de la symbolisation verbale : le sujet ne peut rien en dire. Et ainsi coupés de toute parole et parfois de toute image, les gestes et les émotions du traumatisme sont incompréhensibles à ses proches, et parfois traumatiques pour eux, avec des conséquences possibles sur la génération suivante[4].

Le dépassement du traumatisme grâce à la mémoire narrative

Le travail psychique de dépassement du traumatisme va donc s’organiser autour de la complémentarité des trois composantes de la symbolisation : sensori-affectivo-motrice, imagée et verbale. Les choses n’adviennent psychiquement que dans la mesure où elles reçoivent à la fois une mise en mots de leur existence et une mise en scène de leur présence, à travers les images et le corps. La symbolisation verbale « distancie » tandis que la symbolisation sensorielle, affective et motrice « instancie », et les deux sont essentielles : il faut des mots pour se souvenir, mais aussi des rites et des images pour socialiser son expérience et en faire une source de liens, donc de richesses.

Ce travail psychique est d’autant plus important qu’il a été montré qu’il est une composante essentielle de la capacité à pouvoir faire face efficacement à des catastrophes ultérieures[5]. Il s’appuie à la fois sur les mémoires individuelles, familiales et sociales[6]. La capacité de résilience, bien loin d’être un phénomène individuel défini par la capacité de surmonter un traumatisme et de se reconstruire après lui, est donc un phénomène social qui implique quatre moments successifs[7] : se préparer, résister, se reconstruire (en profitant des bouleversements qui sont survenus pour envisager un développement ultérieur mieux adapté) et enfin consolider le rétablissement en réduisant les séquelles physiques, mais aussi psychologiques. Ce quatrième moment rejoint le premier et constitue le début d’un nouveau cycle possible. Consolider les acquis du rétablissement constitue la meilleure façon de se préparer aux traumatismes ultérieurs possibles.

Se souvenir pour se préparer

Nous voyons combien la mémoire individuelle des catastrophes doit être soutenue par la mémoire collective, car c’est elle qui offre l’espace et les outils permettant à chacun de dépasser les limites de son expérience subjective. Être informé, individuellement et collectivement, permet à chacun de se préparer, et donc d’accroitre ses capacités de résilience. Mais cela lui permet aussi d’accroitre la résilience de ses proches et de l’ensemble du système technologique et humain dans lequel il est impliqué.

Grâce à la possibilité de témoigner de son histoire et d’en faire le récit, chacun découvre à la fois ce que son expérience personnelle peut apporter aux autres et ce que l’expérience des autres peut lui apporter. C’est ce qui est proposé sur le site memoiresdescatastrophes.org, la mémoire de chacun au service de la résilience de tous. Celui qui s’y rend y trouve à la fois un espace pour déposer ses souvenirs et d’autres témoignages qui peuvent l’aider dans son travail d’appropriation subjective de sa propre expérience. La mémoire collective ouverte aux témoignages évite ainsi que l’individu s’enferme dans la sidération qui empêche de penser le traumatisme passé et rend plus vulnérable au suivant. Elle contribue à créer un sentiment de sécurité basé à la fois sur une plus grande confiance de chacun dans ses propres capacités et sur le sentiment de faire partie d’un groupe solidaire[8]. Face à une nouvelle catastrophe, comme une inondation, chacun puise dans la mémoire collective les éléments nécessaires pour traiter l’évènement, le comprendre, lui donner du sens. Les comportements individuels, et surtout collectifs, sont mieux adaptés. Les résiliences individuelles et la résilience collective s’épaulent et se soutiennent mutuellement. C’est ainsi que la mémoire constitue un élément majeur de la résilience sociétale.


[1] Le DSM5 parle d’état de stress aigu et prévoit qu’il peut se prolonger entre 2 et 28 jours après l'événement traumatique.

[2] Tisseron, S. (1996), Secrets de famille, mode d’emploi, Paris, Marabout.

[3] Tisseron, S. (1985), Tintin chez le psychanalyste, Paris, Aubier.

[4] Tisseron, S. (1996), op. cit.

[5] Tisseron, S. (2007), La Résilience, Paris, PUF Que sais-je ?

[6] Et il est à ce titre d’autant plus efficace qu’il est accompagné et valorisé par les municipalités comme cela a été le cas à Cannes après la catastrophe de 2015.

[7] Tisseron, S. (2007), op. cit.

[8] Maurice Halbwachs parle des « cadres sociaux de la mémoire » comme autant de supports au cheminement du sujet aux prises avec un évènement. Il insiste sur le fait qu’elle se constitue non seulement à partir des souvenirs individuels de chacun, mais aussi d’actions et d’expériences vécues par les membres d’un même groupe

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A l’occasion de la sortie du site episeine.fr, Monsieur Valéry MOLET, Directeur Général de l’EPTB Seine Grands Lacs, répond à 5 questions.
Valéry Molet, Directeur général de l'EPTB Seine Grands Lacs

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Interview réalisée le 16 octobre 2018

Episeine.fr a été mis en ligne. Quels sont vos objectifs pour cette opération ?

C’est un outil pérenne d’information, de mobilisation, pour répondre à un enjeu de pédagogie permanente du plus grand nombre sur la thématique des inondations. Nous sortons du réseau des professionnels de l’eau, du cadre de la pure expertise, tout en luttant contre les préjugés et les idées fausses.

Nous voulons sensibiliser le grand public, les entrepreneurs, les agriculteurs, le monde politique, les institutionnels… afin qu’une connaissance experte devienne demain une connaissance du plus grand nombre.

 

Quelles furent les motivations qui ont conduit l’EPTB Seine Grands Lacs à développer ce dispositif ?  

Nous pouvons construire tous les ouvrages structurants possibles, mais cela ne résoudra que partiellement le problème, comme l’ont encore malheureusement montré les situations désolantes des communes de l’Aude dévastées le 15 octobre dernier, même si ce territoire n’est pas confronté aux mêmes évènements que l’Ile-de-France.

La pédagogie a donc un rôle très important. Il faut expliquer que les inondations du bassin de la Seine, ne sont pas une fatalité. Sinon, nous sommes face à des peurs irrationnelles.

C’est aussi donner sa juste place aux citoyens dans la prévention du risque. C’est un changement d’approche culturelle : s’ouvrir et s’appuyer sur la société civile, considérer les citoyens comme des adultes, qui ne concerne d’ailleurs pas seulement l’EPTB mais tous les grands syndicats publics.

 

Comment s’articule ce nouvel engagement avec les missions classiques de l’EPTB Seine Grands Lacs ?

Dans mon esprit, ce n’est pas une activité annexe mais une mission nouvelle à part entière, qui participe de la même logique que la gestion des ouvrages. La sensibilisation fait partie intégrante de notre travail, tout converge vers cela. Bien sûr, nous avons nos missions historiques de gestion des lacs réservoirs, mais elles ne se suffisent pas à elles-mêmes. Aujourd’hui, il ne peut pas y avoir de bonne politique sans bonne communication.

 

Comment associerez-vous les territoires et les acteurs locaux à cette opération ?

EPISEINE est un outil de communication numérique, nous devons nous projeter vers l’extérieur. Je souhaite réunir en 2019 les chambres consulaires sur les territoires, faire des séminaires dans les conseils départementaux, aller vers les élus, la population…

Nous sommes conscients du fait que l’EPTB ne pourra pas tout faire. Nous avons évolué, d’un syndicat interdépartemental à un syndicat mixte. Des EPCI nous rejoignent. L’EPTB a vocation à poursuivre sa transformation, sa modernisation et à prendre toute sa place dans les dispositifs d’informations grand public. 

 

Quelle est l’ambition de l’EPTB Seine Grands Lacs pour le dispositif EPISEINE ?

Quels sont nos critères de réussite ?  Réaliser les missions pour lesquelles nous sommes mandatés ; affirmer encore davantage la légitimité de l’EPTB ; faire prendre conscience à une partie au moins de la population que nous sommes dans une zone de risque, qu’il faut s’impliquer, mais qu’on peut le faire de manière rationnelle.

Il ne faut pas réagir par la peur mais prévenir le risque de façon intelligente. Bien sûr, nous ne sensibiliserons pas les 12 millions de Franciliens d’un coup. Nous nous sommes fixés des objectifs raisonnables dans un premier temps : sensibiliser quelques dizaines de milliers de personnes, toucher des décideurs… Des objectifs volontaristes, qui donneront une légitimité supplémentaire à notre travail.

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Vous souhaitez savoir comment vous serez indemnisé en cas d'inondation ? Dans quel délai ? Sous quelles conditions ? L'Entente Oise Aisne vous dit tout !
Nettoyage décrue Villeneuve-le-roi juin 2016

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Quelles sont les garanties ?

Bénéficier d’une indemnisation pour catastrophe naturelle nécessite :

  • la publication d’un arrêté d’état de catastrophe naturelle au Journal Officiel,
  • d’avoir souscrit une garantie "catastrophe naturelle" présente dans son contrat d’assurance habitation (obligatoire pour les locataires).

Ainsi, le versement d’une indemnité pour inondation de la part de son assurance interviendra uniquement si le dégât constaté est causé par une catastrophe naturelle officiellement déclarée.

Le délai pour déclarer le sinistre aux assureurs commence à partir de la date de publication au Journal officiel de cet arrêté et est de 30 jours. L'absence de reconnaissance de catastrophe naturelle peut laisser les victimes démunies. La catastrophe naturelle peut par exemple être reconnue pour des coulées de boue mais par pour les dégâts occasionnés par le vent pendant la tempête (qui pourront alors être indemnisés au titre de sa garantie tempête).

Enfin, il faut encore retenir que, pour ce qui est des résidences secondaires ou pour tous ceux qui ne sont pas sur place au moment de la catastrophe, les délais s'appliquent à compter de la date à laquelle l'assuré prend connaissance des dégâts. Ainsi, quelqu'un qui rentre de vacances 10 jours après la catastrophe naturelle et constate qu'il y a des dégâts chez lui, dispose d’un délai qui court à compter du jour de son retour de vacances.

Comment être indemnisé ?

Il est essentiel de penser à la constitution de son dossier de demande d'indemnisation dès les premières heures. Il est bien de prendre quelques clichés de son habitation lorsque le niveau de l'eau est encore à son maximum. Le sinistré peut ensuite le compléter par d'autres clichés pris après le retrait des eaux. Pensez à conserver, dans la mesure du possible, des justificatifs (photographies, vidéos, témoignages de voisins…). Une liste complète et chiffrée de tous les objets perdus ou endommagés doit être établie. Pour les biens professionnels, il faut préparer l'attestation de propriété ou le contrat de location (pour les dommages immobiliers), un extrait du registre de commerce, les bilans et comptes de résultats des dernières années avec détails des comptes de charges et produits, le chiffre d'affaires de l'exercice en cours et des trois précédents.

Quel est le montant de la franchise ?

Une certaine somme d'argent reste toujours à la charge de l'assuré; c'est la franchise. Elle s'élève à 380 euros pour les habitations, les véhicules à moteur et autres biens à usage privé et 10 % du montant des dommages (avec un minimum de 1 140 euros) pour les biens à usage professionnel, sauf franchise supérieure prévue par le contrat. Pour les biens autres que les véhicules terrestres à moteur, en cas de sinistres répétitifs et si la commune n'est pas dotée d'un plan de prévention des risques (PPR), la franchise varie en fonction du nombre de constatations de l'état de catastrophe naturelle intervenues, pour le même risque, au cours des cinq années précédant la date de la nouvelle constatation. Elle est doublée au troisième arrêté constatant la catastrophe, triplée au quatrième et quadruplée pour les arrêtés suivants. Les sinistrés en difficulté financière peuvent demander une avance sur l’indemnisation à leurs assureurs. Ils peuvent aussi solliciter des Impôts des remises gracieuses, des dégrèvements ou des délais de paiement, voire un échéancier.

Quels sont les biens garantis ?

Les biens endommagés par les inondations qui seront indemnisés par les assureurs sont ceux indiqués dans le contrat d’assurance souscrit aux conditions du contrat : bâtiments, mobiliers, contenus de réfrigérateurs et de congélateurs, frais de pompage et de nettoyage ainsi que les dommages dus à l’humidité, etc. Par contre, les dégâts causés aux terrains, gazon, végétaux, plantations, jardins, etc. ne sont pas couverts sauf clause le prévoyant dans le contrat.

L’indemnisation des biens matériels se fait selon la valeur fixée au contrat (valeur à neuf ou valeur déduite de la vétusté).

Il est nécessaire de déposer dès que possible son véhicule endommagé chez son garagiste ou chez le garagiste agréé par sa société d'assurances, en conservant évidemment l'ensemble des justificatifs des frais engagés. Les véhicules assurés aux tiers, c’est-à-dire uniquement en responsabilité civile, ne bénéficient pas de l’assurance catastrophes naturelles.

Les frais de relogement sont-ils pris en charge ?

La garantie "catastrophes naturelles" ne couvre pas les dommages indirects tels que les frais de relogement, les dommages liés aux coupures d'électricité ou encore les jours de travail perdus. Certains contrats d’assurance prévoient toutefois de les prendre en charge en partie ou intégralement. Cette indemnité est souvent calculée sur la base du loyer annuel ou de la valeur locative du bien sinistré. De même, il arrive que certaines assurances prennent en charge les nuits d’hôtel prises par le sinistré en attendant d’être relogé.

Quels délais pour l’indemnisation ?

L'indemnisation est attribuée, sauf en cas de force majeure (par exemple, tant que la décrue n'a pas permis d'effectuer l'expertise), dans un délai de trois mois à compter de la date à laquelle le sinistré a remis à l'assureur l'état estimatif des biens et des pertes subies, soit, si elle est plus tardive, à compter de la date de publication de l'arrêté.

Si une maison actuellement en cours de construction a subi des dégâts, qui les prend en charge ? Le constructeur ou l'entrepreneur, selon le contrat de construction, sont responsables du chantier jusqu'à la réception, c'est-à-dire en général, la remise des clés. C'est à leur assureur d'intervenir. Toutefois, si le sinistré a souscrit à une multirisques habitation à la mise hors d'eau / hors d'air, il peut s’adresser à son assureur.

L’assureur demandera-t-il le passage d'un expert ?

Si les dommages sont importants, voire très importants (atteinte à la structure de la maison, perte de mobilier de grande valeur), l’assureur désignera, à ses frais, un expert professionnel qui fixera le montant des dommages en accord avec le sinistré. Ce dernier est libre de contester le montant d'indemnisation proposé par l'assureur en faisant procéder, à ses frais, à une contre-expertise. Les sinistrés en difficulté financière peuvent demander une avance sur l’indemnisation à leurs assureurs. Ils peuvent aussi solliciter des Impôts des remises gracieuses, des dégrèvements ou des délais de paiement, voire un échéancier.

 

Documents: 
Guide sur le régime Catastrophe Naturelle publié par la MRN
Fiche-assurances-habitant
Fiche-assurances-entreprise
Sources: 

Vous pouvez retrouver tous les articles rédigé par l'Entente Oise Aisne sur le site : oise-aisne.net

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Les inondations dans l’Aude coïncident avec notre campagne de sensibilisation aux risques d’inondation en Ile-de-France : EPISEINE suspend la campagne en cours, par solidarité avec les victimes et leurs proches.
Logo EPISEINE noir et blanc

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Ce lundi 15 octobre 2018, les inondations tragiques de l’Aude ont malheureusement coïncidé avec le lancement d’une campagne de sensibilisation aux risques d’inondation en Ile-de-France par EPISEINE. Par respect pour les victimes et leurs proches, nous l’avons bien entendu aussitôt suspendue considérant que son ton n’était pas approprié aux circonstances.

En Ile-de-France, les crues lentes de la Seine et de la Marne ne sont pas de même nature que les inondations rapides et violentes du Sud de la France.

Elles n’en sont pas moins catastrophiques par leur ampleur et leur durée, et c’est bien pour minimiser leurs conséquences qu’EPISEINE s’est fixé trois objectifs prioritaires :

  • Préparer les Franciliens à la survenue d’une crue majeure par la Seine et par la Marne,
  • Faire apprendre par le plus grand monde les comportements et les gestes qui sauvent,
  • Promouvoir la solidarité entre voisins.

Au lendemain de cet épisode dramatique, le slogan d’EPISEINE reste particulièrement d’actualité : Serez-vous prêt pour la prochaine inondation ?

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Serez-vous prêt pour la prochaine inondation ? La campagne 2018 d'EPISEINE vous aide à faire le point.
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Pour sa première campagne de communication à destination du grand public, EPISEINE dédramatise ce thème très sérieux en misant sur l’humour.

Illustration "Quelle taille devrait avoir sa bouée si votre RER prenait un bain ?"
Illustration "Quelle taille devrait avoir sa bouée si votre RER prenait un bain ?"
 

Les grandes crues de la Seine et de ses affluents peuvent avoir un impact très fort sur les biens, les transports, la vie personnelle et professionnelle des Franciliens. Mais la plupart d’entre eux l’ignorent.

EPISEINE a donc été conçu pour les sensibiliser à ce risque, leur faire découvrir tous les bons conseils capables d’en minimiser les conséquences et leur permettre de faire vivre la solidarité entre voisins en les préparant le mieux possible à la survenue de la prochaine inondation.

Encore faut-il bien sûr qu’ils connaissent le dispositif EPISEINE…

Première du genre, principalement organisée sur Facebook et Instagram et via les réseaux de voisinage de proximité, la campagne intitulée « Serez-vous prêt pour la prochaine inondation ? » vise cet objectif. Pour y parvenir, elle utilise un vecteur inattendu pour un sujet aussi anxiogène : l’humour.

Illustration "Comment rester zen quand tout prendre l'eau ?"
Illustration "Comment rester zen quand tout prend l'eau ?"
 

Si les grandes crues sont susceptibles d’impacter directement ou indirectement tous les Franciliens, rares sont ceux en effet qui s’intéresseraient spontanément au sujet. Il fallait donc les y amener par un autre moyen…

Nous avons choisi une approche à la fois intrigante et décalée : des illustrations et des courtes vidéos un peu loufoques qui, en les sensibilisant sans en avoir l’air, les conduisent à un quizz, lequel les amène à consulter notre plateforme collaborative episeine.fr.

La campagne est soutenue par plusieurs partenaires : la Croix-Rouge française, la Mairie de Paris, le CASVP (Centre d’Action Social de la Ville de Paris), la start-up Smiile, et l’association Voisins solidaires.

Avec la notoriété à la clé pour le dispositif EPISEINE ? L’avenir nous le dira. A suivre pour les premiers résultats…

Documents: 
Kit de communication complet à diffuser
Sources: 

Pour accéder à la page dédiée à la campagne grand public, c'est ici.

Pour découvrir la campagne entreprises, c'est ici.

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La Ville de Paris s’organise et se prépare à faire face au risque d'inondation, qui bouleverserait fortement la vie quotidienne des Parisien-ne-s.
Crue de janvier-février 2018 à Paris

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Entre le printemps 2016 et l’hiver 2018, Paris a connu deux épisodes de crue de la Seine. Si ces deux crues respectivement de 6,10m et de 5,85m à l’échelle de Paris Austerlitz (échelle de référence pour Paris), n’ont pas été aussi conséquentes que la crue historique de 1910, dont la cote maximale du fleuve, avait atteint 8,62m à l’échelle d’Austerlitz, la capitale n’est cependant pas à l’abri d’un tel phénomène. La Ville de Paris s’organise et se prépare à faire face à ce risque majeur, qui bouleverserait fortement la vie quotidienne des Parisien-ne-s (fermeture d’équipements, arrêt de transports, coupures d’électricité …).

Paris anticipe la crue

La Ville, la Préfecture de la Région d’Ile-de-France et la Préfecture de Police de Paris travaillent avec l’ensemble des responsables des principaux gestionnaires de réseaux structurants (énergie, télécommunications, transports, déchets, eau et assainissement…) pour limiter les conséquences d’une crue majeure et assurer un retour à une situation normale le plus rapidement possible. Parallèlement, la Ville met en œuvre des plans d’actions pour adapter son fonctionnement à la crise et répondre au mieux aux besoins des Parisien-ne-s. Afin d’améliorer les dispositifs prévus, la Ville, en lien avec la Préfecture de Police et ses partenaires publics et privés, participe à des exercices de simulation d’une crue majeure de la Seine. Par ailleurs, les services de la Ville assurent, notamment entre le 1er novembre et 30 avril (période de plus haute probabilité de crue/veille), une surveillance renforcée à la fois du niveau de la Seine et des nappes en sous-sol.

Paris se protège de la crue

Pour assurer la protection des Parisien-ne-s, la Ville met en place différents dispositifs. Dès 3m, les quais bas de la Seine sont progressivement fermés à la circulation piétonne et automobile. Leur réouverture se fait progressivement dès que le niveau du fleuve le permet et après nettoiement par les services de la propreté de Paris. Afin de renforcer les parapets, protections permanentes, les services de la voirie parisienne mettent en place, dès que le niveau de la Seine excède 5m et qu’une crue majeure est prévisible, des protections amovibles tels que des batardeaux, des barrières anti-crue, des rehausses de parapet.

Montage de batardeaux par les services de la Ville de Paris
Montage de batardeaux par les services de la Ville de Paris © Ville de Paris
 

Paris sensibilise les Parisien-ne-s

La Ville de Paris développe des actions de communication visant à sensibiliser la population au risque d’inondation. De plus, le site Paris.fr rappelle les consignes de sécurité destinées à la population. Il informe les Parisien-ne-s sur les bons gestes et les bons réflexes à avoir avant, pendant et après une crue. 

Paris face à la gestion d’une crue de la Seine

Afin d’assurer une gestion coordonnée des actions à mettre en place et des décisions à prendre en période de crue, la Maire de Paris peut déclencher une cellule de crise. Cette dernière est présidée par la Maire ou son représentant et composée des élus concernés, de l’ensemble des directions, des opérateurs de réseaux, des opérateurs du fleuve. Un lien opérationnel constant est également établi avec la Préfecture de Police.

Activation de la cellule de crise de la Ville en janvier 2018
Activation de la cellule de crise de la Ville en janvier 2018 © Ville de Paris
 

 

 

Documents: 
Document complémentaire
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En Île-de-France, 60 000 entreprises pourraient être directement inondées en cas de crue majeure et près de 100 000 entreprises supplémentaires pourraient subir des interruptions de fonctionnement des réseaux.
mon_entreprise_et_les_indondations.png

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Des entreprises franciliennes très vulnérables au risque d’inondation

L’activité d’une entreprise peut être stoppée temporairement voire définitivement, même si elle n’est pas localisée en zone inondable :
  • Des problèmes de transports peuvent par exemple empêcher les employés de se rendre au travail, ou retarder les délais de livraison. 
  • Des coupures de réseaux (électricité, télécommunications - internet, eau potable, chauffage, assainissement…) peuvent obliger l’entreprise à stopper sa production et/ou son activité. 
  • Si des fournisseurs ou des sous-traitants se retrouvent inondés, cela peut également mettre en péril l’activité de l’entreprise.
Les TPE/PME, qui représentent une large majorité des entreprises franciliennes, sont particulièrement vulnérables au risque d’inondation. Faute de moyens humains et financiers, elles sont bien souvent moins sensibilisées et moins préparées à ce type de d’évènement que les grands groupes.

Que faire à minima pour réduire ma vulnérabilité si je suis une entreprise ?

Si vous n’avez que peu de temps à consacrer à ce sujet, nous vous invitons à :
 

1. Vous renseigner pour savoir si votre entreprise se situe ou non en zone inondable, en contactant votre mairie ou en allant sur Episeine.fr. Afin de savoir si votre entreprise est concernée par des fragilités réseaux en cas d'inondation (électricité, gaz, assainissement, chaleur urbaine), renseignez son adresse dans cette cartographie de l'Institut Paris Région et activez le bouton "fragilité des réseaux".

2. Vérifier votre contrat d’assurance : avez-vous une garantie contre les pertes d’exploitation ? Avez-vous actualisé le montant des biens garantis ? 

Une couverture assurantielle couvre les pertes des biens déclarés par l’entreprise et endommagés directement par l’eau. Mais elle ne couvre pas automatiquement les pertes d’exploitation liées à des impacts indirects, comme une coupure d'électricité par exemple.

N’oubliez pas d’actualiser régulièrement le montant de vos biens assurés auprès de votre assurance, car c’est sur cette base que vous serez indemnisé en cas de sinistre. Pour connaître les spécificités de la couverture assurantielle lorsqu'une inondation est considérée comme catastrophe naturelle, consultez notre fiche récapitulative conçue avec la FFA (Fédération Française de l'Assurance) et la MRN (Mission des Risques Naturels)

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3. Connaitre les moyens d’information et d’alerte en cas de crue : votre mairie, votre Préfecture, le site Internet Vigicrues, la radio (France Bleu), etc. 

Quels outils opérationnels mobiliser si je souhaite aller plus loin dans ma démarche ? 

Pour vous préparer au mieux à faire face à la prochaine inondation, vous pouvez :
 
1. Réaliser (ou faire réaliser via un prestataire spécialisé) un diagnostic de vulnérabilité qui vous permettra notamment de définir :
  • la hauteur d’eau potentielle et les points d’entrée d’eau dans votre bâtiment ;
  • les impacts potentiels directs et indirects sur vos outils de travail et votre activité ;
  • les mesures structurelles (achat de matériel, protection ou déplacement d’installations sensibles, création de zone de stockage, etc.) et organisationnelles (procédure de veille, création d’une cellule de crise, formation d’agents, etc.) à mettre en place en fonction d’une analyse coût-bénéfice. 
Un guide d’auto-diagnostic de vulnérabilité de votre entreprise conçu par l’État est disponible. Il précise des prix indicatifs des équipements et travaux de réduction de vulnérabilité au risque d'inondation.
 
2. Réaliser un plan de continuité d’activité (PCA) qui vous permettra de maintenir l’activité de votre entreprise en "mode dégradé" et revenir à la normale le plus rapidement possible. 
Ce plan pourra vous être utile pour une inondation comme pour d’autres risques (incendie, tempête, épidémie…). Vous retrouverez dans notre dossier dédié au PCA toutes les informations sur la démarche.
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Pour le concevoir, il faut :
  • définir les missions/activités stratégiques à maintenir : la production doit continuer à être assurée, alors que la prospection peut être stoppée ponctuellement, par exemple ;
  • déterminer les ressources indispensables au maintien de ces missions : qui ? où ? comment ?
  • organiser le PCA : trouver un site de repli, prévoir du télétravail, envisager une alimentation électrique autonome, etc.
Une fois le PCA réalisé, il est essentiel de le faire vivre et de le tester le plus régulièrement possible en réalisant des petits entrainements. Enfin, après le déclenchement du PCA, il est important de réaliser un retour d’expérience : analyser ce qui a fonctionné et ce qui doit encore être amélioré. 
Sources: 

1 - Renseignez une adresse dans cette cartographie de l'Institut Paris Région pour savoir si elle se situe en zone inondable et si elle est concernée par des fragilités réseaux

2 - Consultez et téléchargez notre fiche récapitulative sur la couverture assurantielle CAT-NAT (catastrophes naturelles)

3 - Pour plus d’informations sur le PCA, rendez-vous sur notre dossier dédié ou sur le site de l’EPTB Loire. Un guide méthodologique d’élaboration du PCA est également disponible sur le site du gouvernement.

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Rencontre avec Benjamin Gorget, chef de projet du plan de protection risque inondation à la RATP, qui présente les différentes actions engagées par l'opérateur depuis plusieurs années pour réduire la vulnérabilité de son réseau.
Travail de maçonnerie

Description

Vidéo PPRI de la RATP
 

Avec cent-quarante kilomètres de voies inondables sur trois-cent-vingt, protéger les installations techniques et le réseau souterrain de métro et de RER contre les inondations est un enjeu de taille pour la Régie autonome des transports parisiens qui assure plus de dix millions de voyages par jour. Rencontre avec Benjamin Gorget, chef de projet du plan de protection risque inondation à la RATP, qui présente les différentes actions engagées par l'opérateur depuis plusieurs années pour réduire la vulnérabilité de son réseau.

Un opérateur historiquement impliqué dans la prévention du risque inondation

La construction du réseau du métro parisien date du début du siècle. En 1910, on recensait une soixantaine de kilomètres (de la ligne 1 à 7) essentiellement concentrés entre Chatelet et Opéra, Saint-Lazare. Il s’agit du noyau central historique de convergence des premières lignes du métro parisien situé dans la zone inondable de Paris intra-muros.

À l’époque de la grande inondation de 1910, 50 % des 60 km déjà existants ou en construction ont été inondés (environ 30 km). À la suite de cette catastrophe, la compagnie du métro parisien a donc essayé de prévenir ce risque par la rédaction d’un rapport proposant des améliorations des dispositifs de pompage associé à des protections en voirie. Il s’agissait de répondre à l’inondation des tunnels observée durant cet événement.

La RATP (Régie autonome des transports parisiens) a donc hérité naturellement de cette première expérience et de ce système de pompage toujours en fonction aujourd’hui. En conséquence, c’est un des rares opérateurs à avoir pris en compte de façon très précise le risque, et ce juste après 1910. La majorité des principes de protection et des dispositifs de prévention des inondations (pompage…) datent de cette époque.

La prévention, un enjeu et une culture à entretenir

Une prise de conscience nécessaire

Depuis, ces mesures se sont formalisées dans un plan de protection du risque inondation (PPRI) appliqué avec plus ou moins de rigueur et de constance au fil des décennies.

À la fin des années 1990, la RATP a « repris » conscience de ce risque et a retravaillé le plan initialement élaboré. Une mise à jour du plan de prévention a donc été effectuée par une analyse fine des vulnérabilités du réseau. En effet, l’augmentation importante du réseau de métro et l’apparition du réseau express régional (RER), ont accentué fortement les enjeux et le risque. L’exemple de l’inondation du métro de Prague (2002) montra également l’importance des dégâts (17 km de lignes inondées) dont le coût sera estimé à trois cents millions d’euros.

Aujourd’hui, la moitié du réseau parisien actuel est menacée, soit 140 km sur les 320 km de lignes (métro et RER). Cela représenterait environ trois à quatre milliards d’euros en coûts directs concernant les réparations sur les trente milliards estimés par l’étude de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE, 2014) : près de 10 % des coûts totaux d’une inondation en Île de France pour la seule RATP. L’enjeu est donc d’importance.

Un plan de prévention à la mesure des enjeux

Ce plan a été construit sur l’étude et l’analyse des vulnérabilités du réseau en fonction des différentes hauteurs d’eau répertoriées dans la ville de Paris suite aux inondations de 1910. Ainsi, une quarantaine de stations de la RATP sur environ trois cents est située en zone inondable. Sur ces quarante stations, plus de quatre cents points d’entrée d’eau (escalier, ascenseur, bouche de ventilation, trappe d’accès aux locaux techniques) ont été détectés. Ces points de vulnérabilité sont vérifiés systématiquement et régulièrement pour une mise à jour constante.

Pour chacun des points d’entrées d’eau, une protection contre la pénétration des eaux dans le réseau a été élaborée. Beaucoup de protections ont été inspirées par ce qui avait été fait juste après 1910, notamment par la construction de margelles de béton (blocs bétons maçonnés, shéma ci-dessous). La RATP a investi six millions d’euros dans ces matériaux de protection depuis 2000. Cela représente soixante-dix mille parpaings, mille tonnes de mortier (à renouveler car sa durée de vie est limitée), deux cent cinquante bétonnières en plus des brouettes, truelles, et taloches en quantité.

Ouvrage de protection
Ouvrage de protection
 

Le stockage s’effectue sur une plateforme logistique en dehors de Paris. Pour assurer l’exécution de ce plan en cas d’inondation, des personnels ont été et sont formés régulièrement et spécifiquement à ce type de montage pour chaque site vulnérable, soit 800 à 1000 agents mobilisables pour construire ce type de protections maçonnées. Le montage de ces petits ouvrages de protection se fait sur plusieurs étapes en fonction de la menace et du niveau d’eau prévu de la Seine. Ces protections sont composées de deux murs de parpaings maçonnés entre lesquels on verse du béton liquide (de 20 cm à 1,50 m de hauteur) renforcé par une charpente de bois au milieu.

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Protection avec des batardeaux en aluminium
 

Depuis quelques années, de nombreux dispositifs innovants sont apparus pour renouveler ces protections faites de parpaings. Notamment en Angleterre et en Allemagne, les batardeaux en aluminium amovibles verticaux ou plans inclinés sont devenus des dispositifs très avantageux . En effet, après la construction d’une assise sur la voirie, ces dispositifs peuvent être mis en œuvre très rapidement sans aucune formation spécifique. Ils sont très légers, démontables et réutilisables (quarante-cinq minutes à deux heures de montage avec un personnel non expérimenté, contre sept à huit heures pour un ouvrage en parpaings avec un personnel formé). De plus, ils peuvent être stockés sur place dans la station.

Ces systèmes ont été développés en Allemagne et en Angleterre notamment, dont certaines régions ou villes subissent des inondations très fréquentes.

Une organisation dédiée à la gestion de crise 

Depuis 2002, une cellule de trois personnes se consacre à la détection de la vulnérabilité, à la prévention et à la gestion de la crise « inondation ». Cette cellule s’appuie sur un réseau de correspondants dans tous les départements techniques de l’entreprise. Cette cellule fait vivre le plan de prévention au sein de l’entreprise et le met à jour régulièrement.

En cas d’événement majeur, on se reporte à l’échelle de crue diffusée par le service de prévision des crues du ministère en charge de l’environnement (site Vigicrues ) qui informe en permanence sur le niveau de la Seine (prévisions à quarante-huit heures). Ce délai de quarante-huit heures est utilisé pour anticiper la venue de la crue. Les informations d’alerte de hauteur d’eau sont réceptionnées par le service centralisé de la « permanence générale » qui coordonne et gère tous les incidents du réseau.

Pendant la période à risque, entre novembre et avril de chaque année, ce service est connecté vingt-quatre heures sur vingt-quatre au site « Vigicrues ». Dès que certaines cotes d’alerte répertoriées dans le plan de prévention de la RATP sont atteintes, la « permanence générale » déclenche le processus d’alerte et coordonne l’information des personnels directement concernés.

En phase amont, l’acheminement des matériaux est enclenché, la cote de hauteur d’eau est basse pour permettre au transporteur de livrer dans les vingt-quatre heures les matériaux sur les sept zones de stockage intermédiaires déterminées dans Paris intra-muros.

En phase 0, la cote de 6,6 mètres de hauteur d’eau à l’échelle d’Austerlitz est prévue d'être atteinte sous trente-quatre à quarante-huit heures. À cette hauteur d’eau, douze stations sont recensées comme menacées, auxquelles correspond un certain nombre de points d’entrées d’eau. Le montage des ouvrages de protection est décidé. Certaines lignes de métro sont arrêtées totalement ou partiellement ; notamment le RER A et la ligne 14 seront fortement perturbées. Les autres phases sont mécaniquement déclenchées en fonction du niveau de menace. À chaque phase correspond un nombre de stations du réseau à protéger en fonction de la hauteur d’eau enregistrée et des points de vulnérabilité recensés.

Les protections sont dimensionnées en fonction des hauteurs d’eau inscrites dans la réglementation. Ainsi le PPRI de la ville de Paris demande aux opérateurs de se protéger en rapport avec les repères de niveaux d’eau correspondants à une crue centennale (modélisation à partir des débits de la Seine identiques à celui de la crue de 1910 ). La RATP prévoit une marge de sécurité de dix centimètres en plus de la hauteur de crue répertoriée de chaque station. Au-delà de cette marge de sécurité, il y n’y a plus de protection et la station est inondée. En cas de station inondée, notamment par des infiltrations, les systèmes de pompage sont déclenchés en permanence et rejettent l’eau dans le réseau d’égouts.

La remise en état des stations inondées en 1910 a duré plusieurs mois. À Prague, lors des inondations, trois ans ont été nécessaires pour une remise en état minimal. En tout état de cause, retrouver un niveau d’exploitation optimal en termes de fréquence de trafic, prendra plusieurs années en cas d’inondation de plusieurs stations, même si la remise en service en mode dégradé (circulation à vue) peut s’opérer rapidement. À New York, depuis les inondations de 2012, le niveau d’exploitation optimal n’est toujours pas atteint sur certaines lignes de métro.

Les exercices de simulation, ou la mise à l'épreuve du plan : avantages et limites

Le grand exercice de simulation « Sequana » (EU Sequana, 2016) opéré en mars 2016, se déroulait sur deux semaines : une semaine de simulation de montée des eaux et une semaine de simulation de décrue.

La RATP a participé à cet exercice de simulation de montée des eaux pendant trois jours en salle, à partir de scénarios élaborés par la Préfecture de police de Paris et par les services de la zone de défense. Le Secrétariat général de la zone de défense et de sécurité (SGZDS) organisait la coordination de tous les opérateurs en cas de crise inondation. Il injectait des événements imprévus dans le scénario et sollicitait les opérateurs pour y répondre. Cet exercice pour la RATP avait deux objectifs :

  • contrôler la bonne coordination des interfaces entre les opérateurs principaux de la RATP : Enedis, RTE (Réseau de transport d'électricité), SNCF (Société nationale des chemins de fer) et STIF (Syndicat des transports d'Île-de-France) ;
  • s'assurer du bon déroulement de la mise en place des ouvrages de protection en condition réelle (murs et batardeaux), notamment en vérifiant la clarté des instructions et l’ensemble de la chaîne logistique.

Le premier bilan de cet exercice a été très positif en interne, car il a permis l’implication de l’ensemble des départements techniques de la RATP, d’amorcer une dynamique pour la mise à jour des procédures et surtout, de maintenir à un niveau élevé la culture du risque au sein de l’entreprise.

Les limites du dispositif sont de plusieurs ordres :

  • administratifs. Les lourdeurs administratives et logistiques du dispositif actuel demeurent un point de vigilance, notamment dans la gestion et le stockage des matériaux qui représentent une logistique importante ;
  • organisationnels. En cas de métro stoppé, la gestion du service dégradé et notamment ses conséquences en matière de report sur d’autres modes de transports comme le bus, restent problématiques ;
  • financiers. Le coût des dommages est estimé à trois milliards d’euros au minimum. Cependant, le coût global est impossible à mesurer et sera bien plus important. Par exemple, comment calculer le coût de perte de production en raison de l’absentéisme dû à l’impossibilité des chauffeurs de bus ou de métro à se rendre sur leur lieux de travail (des lignes ouvertes et non inondées et non obturées seront en service dégradé de ce fait). Ainsi, la RATP travaille actuellement sur le taux d’absentéisme potentiel des chauffeurs en fonction de leur lieu d’habitation en zone inondable ou non.
Sources: 

Référence électronique 
GORGET, Benjamin, Témoignage d'acteurs - Comment un opérateur intègre la prévention du risque « inondation » dans ces activités ? Exemple de la RATP, Revue Science Eaux & Territoires, Gestion du risque inondation : connaissances et outils au service de l'aménagement des territoires, numéro 23, 2017, p. 22-25, 30/05/2017. Disponible en ligne 

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Article
Comment sont suivies les nappes souterraines de Paris en période de crue ?
Tendance de l'évolution des niveaux de nappes 2018

Description

Le rôle de l’Inspection Générale des Carrières

L'inspection Générale des Carrières (IGC) est en charge de la gestion des risques liés aux anciennes carrières et à la dissolution du gypse ante-ludien à Paris et dans la plupart des communes de la petite couronne. Ce service est chargé de recenser et de cartographier les anciennes carrières, ainsi que de surveiller et consolider les vides situés sous le domaine public. Depuis 1978, le service suit un réseau de piézomètres qui mesure le niveau des nappes souterraines peu profondes dans la capitale. Les informations recueillies servent, entre autres, à élaborer des cartes relatives au risque d’inondation liées à la Seine. De plus, elle conduit des études générales à caractère géologique, hydrogéologique et géotechnique, seule ou en partenariat avec des organismes de recherches.

Un suivi permanent des nappes renforcé en période de la crue : l’exemple des crues du printemps 2016 et de janvier 2018

L’IGC dispose d’un réseau de 280 piézomètres répartis sur l’ensemble de Paris permettant de suivre l’évolution des niveaux des nappes. En période normale, la brigade de l’IGC organise plusieurs tournées mensuelles pour mesurer manuellement les niveaux, en complément des 23 ouvrages équipés d’un système de suivi automatisé. Ce suivi est renforcé lors des épisodes de crue pour anticiper et suivre la montée de nappes en lien avec la montée du niveau de la Seine. Ainsi, dès que le niveau du fleuve atteint 2,50m, à l’échelle d’Austerlitz (échelle de référence à Paris), l’IGC effectue deux tournées par semaine sur les 100 piézomètres situés dans la plaine alluviale de la Seine, puis une mesure quotidienne est assurée lorsque le niveau de la Seine atteint 3,20m à l’échelle d’Austerlitz. Ce suivi renforcé se poursuit tout au long de la montée des nappes et cela parfois longtemps après le passage de l’onde de crue.

Le réseau piézométrique de l'IGC
Le réseau piézométrique de l'IGC © Ville de Paris
 
 

En période de crue, l’IGC affine en temps réel les cartographies dont elle dispose grâce au réseau de piézomètres. Lors des crues de juin 2016 (crue de printemps rapide) et de début 2018 (crue d’hiver lente), ces cartes ont été publiées sur Paris.fr. Diffusées auprès du grand public, elles ont donné aux Parisien-nes des tendances d’évolution des niveaux de nappes. Les piézomètres indiquent les tendances d’évolution des niveaux de nappe :

  • Bleu, le niveau est stable,
  • Vert, le niveau descend,
  • Rouge, la nappe continue de monter.
Tendance d'évolution des niveaux de nappes - début 2018-décrue 22 février 2018
Tendance d'évolution des niveaux de nappes - début 2018-décrue 22 février 2018 © Ville de Paris
 

Perspectives et évolutions

Le dispositif de suivi a montré sa pertinence lors des deux épisodes récents de crue à Paris. Toutefois, seules les zones les plus proches de la Seine (certes les plus impactées) ont été suivies précisément. Le réseau de l’IGC sera progressivement équipé d’un système de relève automatique permettant de disposer de deux mesures quotidiennes. L’objectif est d’automatiser l’ensemble du réseau d’ici 2021 afin d’affiner la connaissance de la dynamique globale des nappes dans Paris. De plus, l’IGC est en lien avec les principaux opérateurs de réseaux afin de les informer de l’évolution des nappes et de leur permettre d’anticiper les actions à mettre en œuvre.

 

 

Sources: 

Pour en savoir plus, vous pouvez contacter l'Inspection Générale des Carrières 

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Article
En cas d'inondation, comment des défaillances en cascade au sein des réseaux urbains peuvent agraver la situation.
Crue juin 2016 Villeneuve le Roi

Description

 

Des réseaux urbains interdépendants

Le bon fonctionnement de nos villes est aujourd’hui fortement dépendant de l’état des services urbains, tels que la distribution en eau potable, l’assainissement, la distribution d’électricité ou même les transports en commun. Et l’arrêt de ces services, qui sont organisés sous forme de réseaux, peut entrainer des troubles importants dans la vie des habitants : on peut citer les coupures de courant (alimentant les éclairages mais aussi les appareils électroménagers et électroniques), d’alimentation en eau potable ou même de chauffage (urbain ou personnel), l’arrêt des transports (trains, métro, bus, routes…) ou des systèmes de télécommunications (internet, téléphonie…).

Ces coupures et arrêts des services peuvent intervenir de façon isolée, mais peuvent aussi résulter de liens de dépendances entre ceux-ci. On peut citer quelques exemples pour illustrer ce concept : une pompe hydraulique est dépendante de son alimentation en électricité, un feu de signalisation du réseau de métro souterrain est dépendant de ses commandes centralisées reçues par télécommunication, un câble électrique enterré est dépendant de l’état de la chaussée qui le recouvre…

Les effets domino en cas d'inondation

La problématique de la continuité d’activité des services urbains est donc une question majeure, que ce soit dans les phases de la préparation pré- crise, de la gestion de la crise, ou de la récupération post-crise. On imagine par exemple que lors d’une inondation majeure en Ile-de-France les secours pourraient avoir du mal à intervenir si les stations-services sont vides car elles ne sont plus réapprovisionnées, si certaines routes sont inondées et que les feux de signalisation ne fonctionnent plus, si les télécommunications sont coupées, et si les hôpitaux sont privés de courant ou de chauffage en hiver.

Les liens entre ces infrastructures et ces services sont complexes, difficiles à prévoir, et de différentes natures. Ils peuvent entrainer des phénomènes qu’on appelle défaillances en cascade ou effets domino, car les infrastructures et les services peuvent tomber un à un suite à la défaillance du précédent.

Ces phénomènes peuvent avoir des conséquences importantes et c’est pourquoi les opérateurs de réseaux et les autres parties prenantes travaillent à l’amélioration de leur connaissance et de leur préparation. Diverses initiatives, projets mais aussi travaux de recherche ont ainsi vu le jour, et ont notamment pour objectif d’identifier et de caractériser les liens de dépendances existants, de renforcer les liens entre les différents acteurs, de planifier des solutions palliatives en cas d’incident, d’étudier des scénarios de défaillances redoutés…