Interview de Jean-Baptiste Ferrero directeur de la communication du SYAGE

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Jean-Baptiste Ferrero, directeur de la communication du SYAGE, partage sa vision de la sensibilisation du public et des élus au risque inondation.
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Description

Quel est votre parcours et quelle est votre vision en matière de communication sur le risque ?

Je suis essentiellement un homme de communication. Philosophe de formation, j’ai travaillé dans la communication d’entreprise, en particulier aux Hôpitaux de Paris, et comme consultant management en communication. J’ai intégré le SYAGE en 2012, pour participer à une cause qui m’intéressait. Je crois fondamentalement au lien, il faut remettre de l’humain et du bon sens dans des organisations énormes et un brin déshumanisé. Le discours scientifique et institutionnel est remis en cause, tout ce qui est politique est suspect par nature. Il faut s’adresser au citoyen d’une manière intelligible et crédible.

Quand on parle d’inondation, on parle de ce qui fait peur ? Comment contourner cela ?

Il faut substituer la peur à l’angoisse. L’angoisse c’est de l’imaginaire, et l’on est démuni face à cela. La peur, c’est une réaction normale, mais l’on peut agir. Il ne s’agit pas de dire ne « vous inquiétez pas », mais « agissez, pour qu’il y ait le moins de conséquences possibles lorsque la crise surviendra ».

Que faire pour changer les comportements et construire une culture du risque ?

Redonner la main au citoyen, lui donner la possibilité et l’envie d’agir et puis le responsabiliser. Se tourner vers le citoyen pour lui donner une vision claire de ce qui va se passer : des actions pédagogiques, informatives, et de sensibilisation. Mais remettre le citoyen au centre, c’est aussi le responsabiliser. Il faut qu’il comprenne qu’il est acteur de sa sécurité. Chacun, à différents niveaux, peut avoir une action vertueuse en regard du risque.

Quelles sont les actions les plus efficaces selon votre retour d’expérience ?

En matière de pédagogie, donner beaucoup de conseils opérationnels (en plus des bases théoriques). Par exemple : penser à mettre ses titres de propriété au premier étage… Il faut créer un « bruit de fond » de communication sur le risque. Après 2016, on s’est dit, ils vont comprendre. Ça a frémi et puis c’est retombé. La communication de crise ne suffit pas, il faut sensibiliser en continu, par des publications, par des vidéos, des pastilles sur le mode youtubeur… et puis par les réseaux sociaux. Le vecteur de communication principal en cas de crise, c’est Facebook - et dans une moindre mesure twitter… mais la communication ne se limite pas au temps de l’événement. L’e-learning peut être un outil efficace pour la mise à niveau des connaissances et pour disposer de modes de communication ludiques, et pas trop coûteux. Très intéressant également : les exercices, pour acquérir une capacité de réponse. Si les individus savent quoi faire, ils sont plus efficaces. Pour cela, il faut s’exercer, se préparer au jour J.

Comment sensibiliser les cibles dans la proximité  ?

La notion de compagnonnages, de personnes / vigies dans des quartiers, d’avoir des « sachants » bienveillants sur les territoires et dans les organisations est intéressante. Le SYAGE n’en est qu’aux prémices. Une bonne partie des riverains est constituée de parisiens expatriés. La population est récente, le tissu social s’est distendu et la culture du risque inexistante. On travaille là-dessus. Je crois à la vertu de la formation, de l’échange, du dialogue. L’arrogance consiste à penser qu’on maîtrise le contenu. Non, on maîtrise la méthodologie, ce qui est autre chose. Je crois aux échanges de pratique.

Quelle est la bonne temporalité pour communiquer sur le risque ?

La sensibilisation est une opération qui se déroule dans le temps long, face à des élus qui sont, forcément, dans un temps très court. Au milieu, le temps intermédiaire, celui des individus. L’idéal serait de sensibiliser les gens dans les mois qui suivent l’événement. Structurer des campagnes de communication dans les « temps tièdes », après les crises. Mais il faudrait dédier quelqu’un à cette tâche, ce qui nécessite de mobiliser les gens en interne. Or les personnels ont déjà été très sollicités pendant la crise. Il faudrait que cela devienne une mission à part entière.

Comment mobiliser les élus ?

Les crues récentes ont eu la vertu de leur faire prendre conscience d’un certain nombre de problèmes, mais cette prise de conscience est très diversifiée selon les élus. Il y a des phénomènes de déni, liés à la crainte d’affoler la population ou de dévaloriser l’attractivité. Un autre problème est celui des responsabilités et des périmètres, de la multiplicité des intervenants qui peut produire un déficit de définition des choses et de communication. Il faut que tous les acteurs se coordonnent et communiquent, échangent très vite des infos, car maintenant avec les réseaux sociaux, on peut se retrouver à gérer des fakes news pendant l’inondation.

Que pensez-vous du dispositif Episeine ? Y aurait-il des coopérations possibles ?

Je trouve cela intéressant qu’il y ait un lieu où échanger des pratiques, et donc apprendre. Tout ce qui peut offrir un lieu commun, un temps partagé est précieux. La mutualisation est aussi une piste intéressante, afin de ne pas  refaire ce qui existe déjà…. partager les réussites, mais aussi les échecs. Apprendre, se remettre en question, confronter ses idées et ses pratiques... car on se sclérose très rapidement. Il est important également d’avoir un discours commun. Il faut communiquer de manière concertée.

Commet procéder pour mutualiser les outils des différents acteurs ?

Je ne crois pas à une mutualisation généralisée des outils, chacun voudra mettre sa marque et garder son identité. On ne peut pas échapper à une forme de « chauvinisme des structures ». L’important c’est la mutualisation des idées. Il faut éviter une cacophonie du sens, avoir un langage et des messages communs. J’ai l’impression que depuis 5 / 6 ans, cela commence à se structurer, à se caler un peu, mais il y a encore du travail.