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Les 26 et 27 novembre 1770, des pluies intenses et continues s’abattent sur le centre de la France. Le bassin versant du Loing est particulièrement touché 60 heures durant. Sur la Loire, la plupart des affluents rive gauche réagissent fortement et sont à l’origine d’une crue historique.
La crue du Loing affecte durement Nemours. La montée des eaux est brutale. En six heures seulement, le pic de crue est atteint dans la ville. On relève 4 à 5 mètres d’eau dans les parties basses, 1 à 2 mètres dans les parties plus hautes. L’inondation surpasse d’environ 1,70 m les plus forts débordements de 1711 et 1740. La force du courant arrache les pavés, plusieurs ponts sont détruits, les fondations de nombreuses maisons mises à mal. Les pertes mobilières sont également considérables.
« …L’inondation a excédé de cinq pieds huit pouces les plus forts débordements connus, ceux de 1711 et 1740, pourquoi on n’a pas imaginé devoir prendre des précautions contre un évènement aussi extraordinaire. » « …l’eau qui a commencé d’entrer dans la ville, dans les parties les plus basses, sur les six à sept heures du matin, est montée avec une très grande rapidité jusque sur les dix heures, et à midy elle a été a sa plus haute élévation et n’a commencé à diminuer qu’à quatre heures et demy, et les rues n’ont commencé à être libres que le lendemain dix heures du matin, à l’exception de celle des Religieuses, du Marché au bled, des Moulins, de la Poterne et du Grand Pont, qui ne l’ont été que l’après midy. » (Stein)
Dans certains quartiers de Montargis, l’eau s’élève à plus de 3 mètres durant la nuit du 26 au 27 novembre. Les apports de la rivière Puiseaux sont remarquables. Dans la plaine, deux passages (« arches ») assurant l’écoulement des eaux naturelles au travers de la chaussée, sont détruits. Plusieurs maisons et ponts sont emportés. L’insalubrité consécutive à l’évènement engendre plusieurs épidémies.
« La nuit du 26 au 27 novembre 1770, il est arrivé ici [A Montargis] une inondation des plus désastreuses : de mémoire d’homme, Montargis n’en avait vu une semblable. L’eau s’est élevée, dans certains quartiers, jusqu’à une hauteur de 10 ou 12 pieds [3 à 4 mètres] ; et je me rappelle que nous autres médecins, nous faisions nos visites dans la ville partie à cheval et partie en bateau. Il y eu plusieurs maisons et plusieurs pont renversés… »
« Cette inondation a refroidi l’atmosphère, l’a surchargée de vapeurs humides, a laissé longtemps les traces de l’humidité la plus froide dans les appartements et même dans les rues. Elle a jeté tous les esprits dans la consternation et dans le découragement qui a été suivi d’une foule de maladies de toutes espèces, mais surtout de la fièvre militaire… » (Ballot)
Le saviez-vous ?
Pour les habitants de Nemours, la construction du canal du Loing (1719) est la cause principale du désastre. Plusieurs envisagèrent même d’y percer des brèches. Ils en furent empêchés par les mariniers. Suite à l’événement, une première réflexion générale est menée par l’administration pour défendre la cité contre les inondations tout en préservant la navigation. On dénonce à cette occasion les installations industrieuses (tanneries, moulins, …) et divers aménagements qui empiètent sur le lit de la rivière. Suite à l’événement, la municipalité de Nemours fera poser plusieurs repères de crues dans la ville. Un de ces repères subsiste encore aujourd’hui.
« Une génération oublie facilement ce qui fit la joie ou le malheur de la génération précédente. L’histoire est là, seule, pour enregistrer et raconter les faits. Afin de laisser à la postérité une connaissance certaine de cet affreux évènement, le Conseil de ville assemblé a arrêté qu’il sera placé au portail de la grande Eglise ou dans l’intérieur d’icelle une pierre de marbre ou une plaque de cuivre, sur laquelle sera gravée le précis exacte du contenu au présent, et qu’il sera encore placé dans plusieurs quartiers de la ville des pierres ou autres marques durables qui indiquent la hauteur à laquelle les eaux sont montées dans chaque quartier, afin que dans tous les temps ceux qui existeront puisse connoitre le danger auquel la ville a été exposée, et que chacun puisse prendre les précautions raisonnables de s’en garantir… ». (Stein)
