Météorologie et hydrologie
Les 4 et 5 mai des pluies torrentielles combinées à la fonte des neiges récemment tombées sur le haut Morvan, entrainent des crues remarquables sur l’amont des bassins.
Hauteurs atteintes aux échelles hydrométriques :
Yonne et affluents – Sur le haut bassin, la période retour de l’événement est plus que centennale. Les hauteurs d’eau aux échelles hydrométriques font aujourd’hui toujours référence : 3,86 m à Clamecy, 4m à Auxerre. On ne reverra pas de tels niveaux avant 1931. À Avallon, le Cousin s’élève jusqu’à 3,40 m. À Sens, les eaux de l’Yonne atteignent 4,3m, soit 33 cm au-dessus de la cote de référence de 1802. En amont de la confluence du Serein, les niveaux sont supérieurs à ceux qui seront enregistrés lors de la crue de 1910.
Partie amont du bassin de la Marne – Il s’agit de la plus forte crue connue entre Langres et Chaumont, ainsi que sur les affluents (Suize, Traire) ;
Seine amont (Bray) – Les hauteurs sont équivalentes à la crue de référence de 1802.
Plus en aval, le Loing connaît également une forte crue.
Les maxima se propagent sur la Seine et atteignent Paris à partir du 6 mai avec un maximum à 6,49 m au pont Royal le 8 mai.


Conséquences
Les dégâts sont considérables en tête des bassins. La Seine impacte fortement la ville de Troyes. « Les pluies abondantes tombées depuis plusieurs jours ont élevé le niveau de la Seine à une hauteur qu’elle n’avait jamais atteint depuis quarante ans. L’inondation est effrayante : le courant passe au-dessus de la vanne dite des Flotteurs et les travaux exécutés cet hiver au déversoir de St-Julien ont été détruits par les eaux. Plusieurs points de la digue comprise entre St-Julien et le Pont-Hubert ont crevé, et laissent passer l’eau, qui inonde le hameau de la Vacherie. Le rez-de-chaussée de quelques maisons du faubourg Saint-Jacques et du Pont Hubert est également submergé. L’inondation menace d’en envahir un grand nombre d’autres si on ne remédie promptement au mal (…) Les villages du Pont-Hubert, de Lavau et de Culoison sont également couverts d’eau » (Journal de Troyes, 7 mai 1836).
Le long de l’Yonne, les pertes des stocks de bois en partance pour Paris sont considérables, plus élevées encore qu’en 1802. Toutes les maisons riveraines et les routes sont envahies. La ville de Clamecy est durement atteinte : « …De mémoire d’homme on n’avait vu les eaux se porter à un tel degré d’élévation. Toutes les parties basses de la ville en sont recouvertes d’une hauteur de 40 à 50 c. La communication entre les deux faubourgs de Bethléem et de Beuvron se trouve complètement interceptée. Le Beuvron, grossi lui-même par la pluie dans son moindre parcours, concourt de son côté à aggraver la situation des quartiers envahis. Les bois amassés en dépôt sur les ports sont enlevés par piles entières, et entraînés par un courant irrésistible, s’accumulent par masses énormes en avant du vieux pont de Bethléem qui les retient et en est bientôt ébranlé. Cet arrêt, en formant obstacle à l’écoulement des eaux, en accroît encore la masse et l’impétuosité pour les propriétés submergées. Arrachés à leurs ateliers, des trains en confection sont précipités sur les quais et jusque dans les rues, et viennent ainsi ajouter au désordre et aux dommages matériels. Le canal lui-même, bientôt confondu dans son cours avec les eaux des deux rivières, rompt ses digues; et la plaine qui s’étend au-dessous de la ville n’offre plus qu’une immense nappe d’eau entraînant tout sur son passage. Pendant deux jours la ville, agitée par tous les sentiments de la consternation et de l’effroi, a sous les yeux le spectacle d’une dévastation dont aucun effort humain ne saurait conjurer les effets, et qui s’étend à tout le parcours inférieur de l’Yonne.» (Éphémérides clameciçoises : mémorial journalier de faits, actes et documents…. , Clamecy, 1872).
Plus en aval, le Loing inonde fortement les secteurs entre Souppes, Moret et St-Mammés. Les habitants du hameau de Varennes doivent quitter leurs habitations.
Même scénario sur la Marne et la Suize. Toute la vallée est sous les eaux. Le pont de Chessy est emporté.
Comparativement, les dégâts de la Seine dans la traversée de Paris restent limités. « Le quai Saint-Paul, la rue de la Mortellerie et plusieurs autres quartiers voisins de la Grève et de l’Hôtel-de ville étaient inondés à une grande hauteur, et les habitans (sic) de ces rues populeuses s’empressaient pour préserver leurs propriétés contre le fléau redoutable. Partout l’activité la plus grande et la curiosité la plus avide épiaient les progrès de ces envahissemens successifs, tandis que les habitans des ports voisins effectuaient à grand peine le sauvetage des marchandises en péril. Les marchands de bois sont ceux qui ont le plus souffert du sinistre. Des trains entiers ont été perdus, et la fortune de plusieurs de ces industriels se trouve ainsi presque totalement compromise. Des procès-verbaux ont dût être rédigés par les inspecteurs spéciaux et des rapports adressés à l’administration ». (Journal politique et littéraire de Toulouse et de la Haute-Garonne, 14 mai 1836).