Le jour J

Les inondations en Île-de-France ne sont pas qu’un risque localisé : elles menacent une grande partie de la région, avec des conséquences durables sur les habitants, les entreprises et les infrastructures.

Inondation 2018 - Triel-sur-Seine @iStock / Seine Grands Lacs

Des inondations prévisibles mais aux conséquences prolongées

Une inondation par débordement de la Seine ou de la Marne est un phénomène pouvant affecter durablement – pendant plusieurs mois, voire plusieurs années – l’ensemble de la région francilienne, avec des conséquences jusqu’au niveau national.

Les crues correspondent à une hausse progressive du niveau des eaux, généralement consécutive à des pluies abondantes et prolongées. Lorsque la hausse entraîne un débordement de l’eau au-delà du cours d’eau, on parle d’inondation. Avec un bassin versant de 776 km de long et une topographie marquée par des pentes très douces, la Seine en crue met plusieurs jours à atteindre son pic. Un délai précieux : les entreprises peuvent ainsi être alertées 1 à 3 jours à l’avance, contrairement aux crues soudaines du sud de la France, où les cours d’eau, plus courts et pentus, provoquent des inondations en quelques heures seulement. Cette lenteur est un avantage pour l’alerte, mais elle entraîne des durées de paralysie très longues.

Les durées de submersion sont très importantes : l’eau peut mettre plusieurs semaines avant de regagner son lit. En 1910, l’eau est restée près de deux mois sur le territoire !

Hydrogramme de crue à l'échelle du pont d'Austerlitz à Paris, représentant le niveau d'eau et la durée de présence de l'eau lors de l'inondation de 1910
Inondation de 1910 : montée des eaux à l'échelle du pont d'Austerlitz (Paris)

Pourquoi votre entreprise est concernée ?

L’Île-de-France est le territoire français le plus vulnérable aux inondations. Poumon économique et centre névralgique du pays, la région compte plus de 12 millions d’habitants, dont 850 000 résident directement en zone inondable.

Les zones inondables et zones de fragilité de réseaux sur le bassin de la Seine et de la Marne franciliennes (Paris et petite couronne). Sources : Seine Grands Lacs, Institut Paris Région, DRIEAT, Directions départementales des territoires, IGN

Trois facteurs expliquent cette vulnérabilité accrue :

  • Une urbanisation mal adaptée : la perte de la mémoire du risque couplée à la pression foncière élevée ont conduit à une urbanisation croissante et souvent non adaptée (logements, équipements publics, entreprises, infrastructures…) en zones inondables ;
  • Des réseaux enterrés et vulnérables : Une grande partie des infrastructures critiques (transports, télécommunications, électricité, chauffage urbain) est désormais enterrée, ce qui les rend particulièrement exposées aux inondations.
  • Tout est connecté :
    • Interdépendance des réseaux : Si le réseau électrique tombe en panne, c’est toute une chaîne de services (transports, télécommunications, chauffage) qui s’effondre en cascade ;
    • Interdépendance des territoires : les Franciliens dépendent de réseaux logistiques complexes. Par exemple, la nourriture consommée en Île-de-France ne provient pas uniquement de la région : une inondation pourrait bloquer les approvisionnements en provenance d’autres zones.
    • Mobilité des personnes : la plupart des habitants ne vivent pas là où ils travaillent. Une perturbation des transports (métros, RER, routes) paralyserait les déplacements quotidiens de millions de personnes.

Pour toutes ces raisons, notre territoire est aujourd’hui bien plus vulnérable qu’auparavant. Une crue majeure ne toucherait pas seulement les zones directement inondées, mais l’ensemble de la région, avec des répercussions sur plusieurs milliers d’entreprises :

Images représentant les conséquences possibles pour une entreprise en cas d'inondation majeure de la Seine : personnel immobilisé, problème d'évacuation des eaux usées, fournisseurs inondés, coupures d'électricité

Des conséquences même en-dehors des zones inondables

À cause d’une inondation, l’activité d’une entreprise peut être stoppée temporairement voire définitivement, même si l’entreprise n’est pas localisée en zone inondable.

  • Des clients touchés par l’inondation : la demande faiblira, vos clients auront probablement des difficultés d’accès à vos services, ou auront même quitté temporairement la région.
  • Des problèmes de transports peuvent par exemple empêcher les employés de se rendre au travail, ou retarder les délais de livraison.
  • Des coupures de réseaux (électricité, télécommunications – internet, eau potable, chauffage, assainissement…) peuvent obliger l’entreprise à stopper sa production et/ou son activité.
  • Si des fournisseurs ou des sous-traitants se retrouvent inondés, cela peut également mettre en péril l’activité de l’entreprise.

Un impact économique durable

Les dégâts causés par une inondation majeure se font ressentir longtemps après la décrue :

À court terme : un retour à la normal long

  • Nettoyage et gestion des déchets : les inondations génèrent des millions de tonnes de déchets (meubles, matériaux, boue), qui doivent être évacués et traités ;
  • Pénuries de produits essentiels : les supermarchés, pharmacies et stations-service pourraient manquer de stocks (nourriture, médicaments, carburant) en raison des routes bloquées et des entrepôts inondés ;
  • Effets domino : Les dégâts initiaux en entraînent souvent d’autres. Par exemple, lors des inondations de janvier 2018, la station RER de Saint-Michel a dû fermer pendant trois mois après que des infiltrations d’eau aient libéré de l’amiante dans la voûte, nécessitant des travaux majeurs avant sa réouverture.

À moyen et long terme : une reconstruction longue et coûteuse

Le retour à la normale prendrait plusieurs mois, voire plusieurs années en cas d’inondation majeure :

  • Fragilisation des infrastructures : les sols et les fondations des bâtiments, restés sous l’eau pendant plusieurs jours, voire semaines, nécessitent des travaux de reconstruction longs et coûteux. Certains bâtiments ou routes devront être entièrement reconstruits.
  • Saturation des entreprises de BTP : beaucoup d’entreprises de matériaux et de construction sont elles-mêmes situées en bord de fleuve. Elles auront des difficultés à répondre à la demande massive de reconstruction, ce qui allongerait les délais.
  • Coûts économiques  : les assurances mettront du temps à indemniser, et une hausse des primes est probable. À cela s’ajoutent les pertes de chiffres d’affaires, les pénuries de matériaux et les difficultés d’approvisionnement.

Cette liste n’est pas exhaustive. On pourrait y ajouter le temps de remise en état des réseaux de transport souterrain, évalué à plusieurs mois, la reprise difficile du tourisme, ou encore les conséquences psychologiques subies par les personnes confrontées à l’inondation.

Des mesures de protection qui ne suffisent pas à mettre la région à l’abri

Depuis les grandes crues du XXᵉ siècle (1910, 1924, 1955, 1982), des mesures ont été prises pour limiter les risques :

  • Aménagements du lit de la Seine (creusement, rehaussement des ponts, reconstruction d’écluses) pour améliorer l’écoulement des eaux à Paris.
  • Construction de murettes anti-crues le long des fleuves. Cependant, leur efficacité est variable : elles peuvent rompre (faute d’entretien) ou être submergées en cas de crue exceptionnelle. De plus, elles ne protègent pas contre les remontées de nappe.
  • 4 lacs-réservoirs (mis en service entre 1949 et 1990) régulent le niveau de la Seine en stockant une partie des eaux de crue en hiver. Lors de la crue de janvier 2018, ils ont permis de réduire la hauteur d’eau de 65 cm à Paris Austerlitz.

Le fonctionnement d'un lac-réservoir

Cependant, la protection offerte par ces lacs a des limites :

  • Leur efficacité dépend de la localisation des pluies (si les précipitations tombent entre les lacs et Paris, leur impact est réduit).
  • En été ou au printemps, les lacs sont déjà pleins pour limiter les risques de sécheresse, ce qui réduit leur capacité à absorber les crues.

L’inondation est l’affaire de tous

Malgré les progrès techniques, il n’existe pas de solution miracle pour empêcher une inondation majeure. Les inondations en Île-de-France sont l’affaire de tous :

  • Leurs effets directs et indirects toucheront l’ensemble de la population et des entreprises franciliennes.
  • Les autorités devront prioriser les interventions en faveur des personnes les plus vulnérables (personnes âgées, handicapées, familles avec jeunes enfants).
  • Le reste de la population devra être le plus autonome possible pour ne pas surcharger les autorités et faire preuve de solidarité avec leurs proches et leur voisinage.

Comprendre les causes des inondations et leurs conséquences est la première étape pour mieux s’y préparer. Consultez l’onglet « se préparer » pour limiter les conséquences de la prochaine inondation sur votre entreprise.