Météorologie et hydrologie
Les précipitations relevées en septembre et octobre 1896 sont exceptionnelles sur tout le bassin de la Seine. Après un mois de septembre déjà bien pluvieux, le cumul mensuel d’octobre atteint 159 mm à la station de Paris Saint-Maur, valeur la plus élevée depuis 1769, avec un maximum entre le 9 et le 19 octobre (108 mm). Les valeurs de précipitations sont comparables dans l’Yonne avec respectivement 144 mm et 171 mm à Auxerre en septembre et octobre.
Sur les hauts bassins, les valeurs journalières sont également très élevées. On relève ainsi aux Settons 180 mm entre le 18 et le 26 septembre, dont 100 mm le 26 septembre ; 157 mm du 09 au 17 octobre, dont 97 mm le 17 octobre, puis 163 mm du 19 au 29 octobre.
Ces épisodes pluvieux sont à l’origine de deux crues successives, plus marquées sur les sections amont des bassins. Le décalage des pics entre affluents explique les niveaux relativement modérés atteints par la Seine à Paris (5,30 m à l’échelle d’Austerlitz le 1er novembre).
Sur l’Yonne et ses affluents supérieurs les eaux s’élèvent largement au-dessus des crues ordinaires. On relève deux pics à Sens, l’un le 20 octobre (3 m) l’autre le 1er novembre (3,56 m) séparés par un minima à 1,67 m le 28 octobre.
Même scénario pour la Seine à Montereau avec 3,22 m le 21 octobre et 4,10 m le 02 novembre, séparés par un minimum de 2,60 m le 24 octobre. À Bray, la cote de 1,80 m est dépassée durant près d’un mois entre le 23 octobre et le 20 novembre, avec un premier maximum à 2,74 m atteint le 25 octobre et un second à 2,87 m le 05 novembre.
À Saint-Dizier, la Marne cote 4.33 m le 18 octobre après une montée rapide. Il s’agit de la plus haute valeur jamais observée. Le second pic est enregistré fin octobre-début novembre, avec 3,57 m à Chalifert le 26 octobre, 3,94 m au pertuis de Damery le 02 novembre.
Les affluents ne sont pas en reste. L’Ouanne s‘élève jusqu’à la cote 4 m à Toucy le 29 octobre, le Loing jusqu’à 3,72 m à Nemours le 30 octobre, etc.
Conséquences
À proximité d’Auxerre, les dégâts sont causés par une quantité de petits rus ordinairement à sec. « Le jeudi 29 octobre 1896, peu avant 1 heure du matin, les riverains des rus de Valian et de Rantheaume, près d’Auxerre, se sont aperçus que l’inondation prenait des proportions inquiétantes ; ils ont dû marcher dans l’eau, parfois jusqu’aux genoux, pour sortir de chez eux et déménager en toute hâte…à l’angle des rues de Couilanges et du Clos, le ru de Rantheaume est monté à plus de 3 mètres, est entré par les fenêtres et a emporté près de 70 feuillettes de vin nouveau… À Tonnerre, le débit de la Fosse-Dionne a pris des proportions extraordinaires : le petit cours d’eau qu’elle forme a débordé. Dans la rue des Fontenilles, dont le nom indique bien de vieilles observations du même phénomène, les caves insubmersibles par l’Armançon ont été inondées par les eaux souterraines… La rivière d’Ouanne a inondé les pays qu’elle traverse. À Toucy, elle a pénétré dans toutes les maisons de la rue du pont-Capureau : l’eau arrivait jusqu’au monument de Pierre Larousse ; on n’avait pas vu pareille inondation depuis 1856. Le maximum (4m00) a été atteint à l’échelle hydrométrique le 29 octobre à 7 heures du matin : en mai 1836, on n’avait eu que 3m71. » (Résumé des observations centralisées par le service hydrométrique du bassin de la Seine pendant l’année 1896, 1897).
« La Cure a une crue très importante qui occasionne à Arcy, en particulier, des dégâts considérables ; le maximum en arrive à Auxerre dans la nuit du samedi au dimanche et l’Yonne y atteint 2m90. Partout on signale d’importants dégâts, cuvées perdues, animaux noyés, etc ».
La saviez-vous
À Paris, le service des Ponts & Chaussées profite de cette forte crue pour réaliser un jaugeage de la Seine au pont de Solférino, améliorant ainsi la connaissance du débit de ces phénomènes.
Ailleurs en France
Les pluies abondantes et continues de septembre et octobre 1896, succédant elles-mêmes aux nombreuses averses d’août, ont amené des crues exceptionnelles et des inondations dans de nombreuses régions françaises : les bassins de la Seine, de la Marne, de la Loire, du Rhône, de la Garonne, etc., sont concernés.