Crue d'hiver

Novembre – Décembre 1882 et Janvier 1883

Icône cours d'eau Cours d'eau
Aube, Grand-Morin, Marne, Ornain, Ourcq, Rognon, Saulx, Seine, Yonne

Icône indice de gravité Indice de gravité
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<p>Novembre 1882 – Janvier 1883 </p> <p>Crues remarquables sur tout le bassin de la Seine. Evénement référence sur la Marne. </p> <p>Cours d’eau : Marne, Seine, Yonne, Aube, Rognon, Saulx, Ornain, Ourcq, Grand-Morin</p>

Météorologie et hydrologie

Novembre et décembre 1882 sont exceptionnellement pluvieux sur tout le bassin de la Seine avec plusieurs vagues de précipitations et pics de crue associés : du 08 au 18 novembre, 19 au 30 novembre et du 3 au 09 décembre pour la première crue ; du 21 au 28 décembre et du 30 décembre au 03 janvier pour la seconde. Ces pluies sont remarquables, moins par leur intensité que par leur durée. Dans la Nièvre, aux Settons, le cumul du 08 novembre au 09 décembre approche les 500 mm, auquel il faut rajouter plus de 350 mm du 21 décembre au 03 janvier, soit 846 mm en à peine deux mois. En Haute-Marne, les cumuls atteignent 275 mm entre le 08 novembre et le 09 décembre à Bar-le-Duc puis encore 112 mm du 21 décembre au 03 janvier.

Résumé des observations centralisées par le service hydrométrique du bassin de la Seine pendant l’année 1882, 1884.

Les crues générées dépassent sur certaines stations les hauteurs atteintes en 1876, la troisième plus importante du siècle. « Les crues de décembre 1882 et 1883… sont remarquables non seulement par leur intensité, mais encore par la particularité de deux crues extraordinaires presque égales se succédant à un mois à peine d’intervalle. » (Étude sur les crues de l’hiver 1882-1883 dans le bassin de la Seine. Lemoine & Préaudeau)

À Châlons, le 27 novembre, la Marne dépasse le niveau de 1876 de 20 cm. À Damery, la cote atteint celle de 1861. Nouvelle salve fin décembre avec 4.46 m à Damery et 5.17 m à Châlons. Cette crue fait référence pour les services de l’État jusqu’à celle de 1910.

L’Yonne ne cesse d’osciller. On relève huit pics de crues à Clamecy entre novembre 1882 et janvier 1883.

« La haute Seine en amont du confluent de l’Yonne a éprouvé une crue très élevée et surtout d’une continuité remarquable ; la hauteur de la Seine à Bray a atteint 2m83 le 4 décembre 1882 et 2m91 le 2 janvier 1883 après être descendue à seulement à 2m18  entre ces deux dates ; il est vrai qu’en 1861, on a observé 3m13 à cette échelle, mais cette crue était compliquée d’une débâcle ; et d’après les observations faites sur d’autres points de la vallée, MM. Les ingénieurs Pesson et Getten considèrent la crue de 1883 comme la plus forte du siècle. » (Etude sur les crues de l’hiver 1882-1883 dans le bassin de la Seine. Lemoine & Préaudeau).

A Paris-Austerlitz, la Seine atteint 6.12 puis 6.24 m en décembre et janvier respectivement, contre 6.69 m en 1876.

Gestion

« L’annonce numérique des grandes crues de l’hiver 1882-1883 a été faite régulièrement pour la Seine et ses principaux affluents par les soins du service hydrométrique central. On sait que ces avertissements ont été installés dès 1854 par M. Belgrand pour la Seine à Paris, et à partir de 1872 par MM. Belgrand et Lemoine, pour l’Aisne, l’Oise la Marne et la Seine en amont du confluent de la Marne. Cette organisation est donc complète. Les dernières crues, de même que celles de 1876, en ont justifié une fois de plus les principes généraux, tout en apportant pour les détails de l’application d’utiles enseignements. » (Lemoine & Préaudeau, Étude sur les crues de l’hiver 1882-1883 dans le bassin de la Seine).

Conséquences

Les dégâts se concentrent surtout sur les routes qui traversent les vallées. De très nombreux chemins vicinaux ou de grande communication sont submergés. Comme celui reliant Cumières à Epernay qui a été submergé sur 2 km lors des deux crues. Sur l’Ourcq, le CGC n°74 entre Crouy et Ourcq (77) a été submergé pendant 8 jours.

Le saviez-vous ?

Le service d’annonce des crues du bassin de la Seine est mis en place en 1854 par l’ingénieur E. Belgrand. À l’origine, les communes étaient alertées directement par les agents du service de la navigation dépendant de l’administration des Ponts et Chaussées. Le progrès des connaissances hydrologiques à l’échelle du bassin va permettre de perfectionner le système en s’appuyant aussi sur le télégraphe. À partir de 1881-1882, reprenant le modèle établi sur le bassin de la Garonne, des règlements sont établis par cours d’eau pour organiser la transmission systématique des informations entre le service hydrométrique, les administrations locales et les communautés riveraines du bassin de la Seine. Des bulletins télégraphiques et postaux spécifiques permettent de diffuser rapidement les « avertissements » établis selon l’importance des phénomènes. Les techniques n’ont cessé de s’améliorer depuis.

  1. Commission de météorologie de la Marne. Bulletin n°6, décembre 1882.;
  2. Goupil, Résumé des observations centralisées par le service hydrométrique du bassin de la Seine pendant l’année 1882. Ponts & Chaussées, service hydrométrique du bassin de la Seine, 1884.;
  3. Service général. Inondations 1882. Département de la Marne (AD51).;
  4. Chronologie crues BV Marne.;
  5. Lemoine & Préaudeau, Etude sur les crues de l’hiver 1882-1883 dans le bassin de la Seine, 18/07/1883.