Crue d'hiver

Février – Mars 1784

Icône cours d'eau Cours d'eau
Grand-Morin, Loing, Marne, Seine, Voulzie, Yonne

Icône indice de gravité Indice de gravité
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<p>Février – Mars 1784 </p> <p>Les crues de février-mars 1784 se caractérisent par leur soudaineté après à un hiver très rigoureux. La plupart des rivières du bassin de la Seine sont affectées avec des impacts notables dans les villes mais aussi dans les campagnes. Les grands froids et les inondations touchent toute la France et une bonne partie de l’Europe. </p> <p>Cours d’eau : Grand Morin, Loing, Marne, Seine, Voulzie, Yonne</p> <p>Villes : Auxerre, Avallon, Bray-sur-Seine, Châlons-en-Champagne, Coulommiers, Isle, La Ferté-sous-Jouarre, Lagny-sur-Marne, Meaux, Montereau, Nemours, Paris, Provins, Sens, Tonnerre</p>

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L’hiver 1783-1784 est particulièrement rude. Les gelées commencées mi-décembre durent sans discontinuer jusqu’au 21 février avec d’importantes chutes de neiges notamment à Paris. On y relève -19° C le 30 décembre. L’éruption du volcan Laki en Islande au cours de l’été 1783, avec diffusion d’importants volumes de poussières dans l’atmosphère, pourrait en être à l’origine. Une bonne partie de l’Europe de l’Ouest et Centrale est concernée par le phénomène. Fin février, un brusque redoux associé à un épisode de pluies intenses accélère la fonte des neiges. Les écoulements sont d’autant plus rapides que les sols sont toujours gelés. Le tout combiné génère d’importantes crues avec en certains endroits débâcle de glace.

Dans la Généralité de Paris, plusieurs villes sont affectées par les inondations : Nemours (Le Loing), Provins (La Voulzie), Bray-sur-Seine, Sens (Yonne), Montereau (Yonne), Meaux (Marne), La Ferté-sous-Jouarre (Marne), Lagny-sur-Marne, Coulommiers (Grand Morin),  Dreux (affluent de l’Eure). Et encore Tonnerre, Auxerre, Isle, Avallon sur le bassin de l’Yonne.

À Paris même, les eaux atteignent 6,15 m le 28 février au pont de la Tournelle et jusqu’à 6,66 m le 3 mars. « (…) Le bureau de la ville qui avoit fait interdire aux piétons le passage sur le pont Rouge, avoit également rendu par précaution une ordonnance qui enjoignoit à tous les bachotteurs de se distribuer sur les bords de la rivière dans les divers cantons où leurs batteaux pouvoient être utiles pour procurer le passage et leur faisoit en défense en même tems d’exiger plus d’un liard par personne pendant le jours et deux liards pendant la nuit sous les peines y portées (…) (Journal de Hardy). Les habitants du pont Notre-Dame et du pont Marie sont évacués.

Sur la Marne, c’est une des crues les plus remarquables des trois derniers siècles. Elle est supérieure à celle de 1910 sur nombre de sites d’observation des hauteurs de la rivière : Meaux (5,42 m), Basses-Fermes (8,34 m), Lagny (5,20 m), Joinville (4,66 m). Les eaux atteignent 5,90 m à Chalifert (extrémité du canal). À Meaux, la Marne s’élève brusquement dans la nuit du 22 février et se repend dans le faubourg Saint-Nicolas. Les hauteurs d’eau avoisinent 70 cm dans les rues et maisons. Une partie de Châlons est impactée. Deux travées du pont Rupé sont détruites. Les pertes sont particulièrement importantes dans les campagnes : 260 paroisses sont concernées dans la généralité de Châlons.

À Nemours, le Loing cerne la ville. « (…) La ville de Nemours a essuyé mardi dernier 24 février une inondation plus haute que celle du 14 mai 1779. Les habitants ont été entièrement renfermés pendant vingt quatre heures. On a été obligé de faire aller des bateaux dans la ville pour offrir les besoins nécessaires (…) » (AN F14 600 – Rapport des édiles de Nemours, 26 fev. 1784).

Les dépôts et cargaisons de bois stockés dans les ports le long de la Seine et de ses affluents font l’objet de pillages de la part des populations à la recherche de combustibles. D’une manière générale, la mobilisation des secours est sans précédent. Aux habituelles aides des autorités locales (évacuation, distributions de vivres, dégrèvements fiscaux), l’État accorde pour la première fois une aide directe exceptionnelle de 3 000 000 de livres pour l’ensemble du royaume.

 

  1. Champion (Maurice), Inondations en France depuis le VIème siècle jusqu’à nos jours, (tome I, p. 156 ; tome II, pp. 44, 131, 143, 154)
  2. Marchand (Arnaud), Les inondations de février 1784 dans la généralité de Châlons : contribution à une histoire de l’environnement, économique, sociale et culturelle, Mémoire de maîtrise, Université de Reims, 1994, p. 19.
  3. Barbier, Journal d’un bourgeois de Paris, tome III, p. 245
  4. Hardy, Journal
  5. Belgrand , Manuel hydrologique, p. 34.
  6. Préaudeau (A.), Lemoine (G.), Lefébure de Fourcy (C.), Manuel hydrologique du bassin de la Seine, Paris, Impr. nationale, 1884. Tab VIII pp. 92-97 ; Tab XI pp. 104-111 ; Pl I-VI
  7. Arago, Œuvres complètes, p. 515
  8. Brazdil (R.), Demarée (G R.), et al., European floods during the winter 1783/1784 : scenarios of an extrême évent durieng the Little Ice Age, Theor Appl Climatol, Springer, July 2009. DOI 10.1007/s00704-009-0170-5
  9. AD 89, C 187
  10. AD 51, C 1982
  11. Archives communales de Compiègne, BB 42
  12. AN F14 600
  13. AN F14 16577
  14. AN, H2 1880