Les idées fausses

Inondation et idées fausses : on fait le point !
Idées fausse - Zouave - Crue juin 2016

On a tou-te-s des idées reçues sur les risques d’inondations : la métropole parisienne est désormais protégée, j'habite au 5ème étage donc je ne suis pas concerné-e, une crue centennale se produit tous les 100 ans…

Pour lutter contre toutes ces idées fausses, on fait le point avec vous !

Idée reçue n°1 : Si une inondation est annoncée par les autorités, la première chose à faire est de se réfugier dans les étages !

Hé non ! On calque souvent les comportements à tenir dans le Sud de la France avec ce qu’il faut faire ici, en Ile-de-France. Et pourtant, il s’agit de deux situations très différentes.

Dans le Sud de la France, dans le département de l’Hérault par exemple, une inondation est un phénomène brutal : le niveau de l’eau monte très rapidement, laissant peu de temps aux habitants pour évacuer leurs maisons. Mais une fois le pic de la crue atteint, l’eau redescend également très rapidement. La crue et la décrue peuvent intervenir dans la même journée, il faut donc réagir très vite et se mettre en sécurité dans les étages.

Sur notre territoire, les crues de la Seine et de la Marne sont beaucoup plus progressives : l’eau monte plus doucement mais redescend aussi très lentement. Pendant la crue de 1910 par exemple, l’eau est restée 2 mois sur le territoire !

La durée des crues : l'exemple de 1910
La durée des crues : l'exemple de 1910
 

 

Cette cinétique lente fait qu’il y a très peu de risques humains directs. Dans ce cas, il ne sert à rien de monter se réfugier dans les étages. Vous serez averti-e de la montée des eaux entre 24 et 48h à l’avance. Il faudra en revanche vous préparer à évacuer votre logement pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois.

Idée reçue n°2 : Avec les techniques modernes nous sommes désormais protégés, surtout dans la métropole parisienne !

On pense souvent que les avancées technologiques du 20 et 21ème siècles ont permis aux Hommes de supprimer tout risque, notamment ceux d’origine naturelle. Surtout dans un territoire aussi stratégique que celui de Paris et sa région où vivent plus de 12 millions de personnes et qui constitue le poumon politique et économique du pays.

Malgré les travaux effectués suite à la crue de 1910 (creusement du lit de la Seine, rehaussement des ponts parisiens), la construction de protections locales (digues et murettes anti-cure) et la présence de 4 lacs réservoirs capables de stocker plus de 830 millions de mètres 3 d’eau, le risque inondation pèse toujours sur Paris et sa région.

: localisation des 4 lacs-réservoirs de l’EPTB Seine Grands Lacs et du projet de la Bassée
Localisation des 4 lacs-réservoirs de l’EPTB Seine Grands Lacs et du projet de la Bassée

A la prochaine crue majeure type 1910, les conséquences seront bien plus importantes qu’à l’époque car la vulnérabilité de notre territoire s’est largement accrue :

  • de nombreux logements, équipements et infrastructures ont été construits dans les zones inondables,
  • une grande partie des réseaux (transports, télécommunication, électricité, chauffage urbain…) sont désormais enterrés,
  • l’interdépendance des réseaux (lorsque le réseau électrique ne fonctionne plus, ce sont tous les réseaux qui tombent les uns après les autres), des hommes et des territoires est extrêmement forte. 

Aujourd’hui, en cas de crue type 1910, on estime que plus 850 000 franciliens auront les pieds dans l’eau et que plus de 5 millions de personnes seraient affectées (coupures d’électricité, d’eau potable, problèmes de transports, etc.) pendant plusieurs semaines, mois ou années.

Idée reçue n°3 : J’habite au 5ème étage, je ne suis pas concerné-e-e par l’inondation !

Habiter en étage donne le sentiment d’être protégé-e de l’eau et donc de l’inondation. Et, effectivement, lorsque vous habitez au 3ème, 5ème ou 12ème étage, vous n’aurez pas les pieds dans l’eau.

En revanche, quel que soit l’étage où vous habitez et même si votre logement se situe à plusieurs kilomètres du fleuve, vous serez potentiellement touché par les effets de l’inondation.

Dans votre logement, vous pourrez subir des coupures d’électricité, d’eau potable, de chauffage, de gaz ou d’assainissement pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines. Vous pourrez également avoir des difficultés à vous déplacer en voiture (de nombreuses routes seront coupées, la plupart des ponts parisiens seront impraticables) ou en transports en commun (les réseaux de métro, de RER et de train sont particulièrement vulnérables) ou à vous approvisionner.

Enfin, même si vous n’habitez pas en zone inondable, votre travail, l’école de vos enfants ou la maison de retraite de vos parents le sont peut-être…

Pour vérifier : Cartoviz 

Idée reçue n°4 : Une crue centennale, c’est une crue qui se produit tous les 100 ans !

Hé non ! La plupart des gens confondent le terme « centennale » avec le terme centenaire qui signifie tous les cent ans.

Une crue centennale est une crue qui a une chance sur 100 de se produire chaque année. C’est une question de probabilité. Cela signifie qu’il est possible de connaitre deux crues centennales deux années d’affilée par exemple. 

La fameuse crue de la Seine qui a eu lieu en janvier 1910 et qui a atteint 8,62 mètre à Paris Austerlitz était une crue centennale. Elle sert aujourd’hui de référence.

Crue de 1910 à Paris - Copyright : Archives de Paris
Crue de 1910 à Paris - Copyright : Archives de Paris
 

Idée reçue n°5 : Il y a beaucoup plus de crues que par le passé, c’est lié au réchauffement climatique.

Les crues ont toujours existé et existeront toujours. Elles font partie du fonctionnement naturel des cours d’eau et sont la conséquence directe de précipitations intenses et continues sur le bassin. Puisqu’il est impossible d’empêcher la pluie de tomber, il est également impossible d’empêcher les crues de se produire.

La mémoire du risque se perd peu à peu et nous avons souvent tendance à oublier que les territoires ont connu de nombreuses crues et inondations, plus ou moins importantes et plus ou moins médiatisées, par le passé.

 

A ce jour, aucune étude scientifique n’a prouvé que le réchauffement climatique entrainait une augmentation des épisodes de crue sur le bassin de la Seine. En revanche, le coût des dommages liés aux inondations en France, comme en Europe, augmente et va continuer à fortement progresser dans les prochaines années